En 2010, la cour des comptes commet un rapport au vitriol sur la gestion des hôpitaux militaires. Un coup de tonnerre ! Des centaines de millions d’euros de déficit, des méthodes de travail à revoir, des réorganisations à prévoir, un document à charge, l’artillerie lourde, sans coup de semonce en préalable. Bref, le branle-bas de combat est de mise dans les hautes sphères du Service de Santé des Armées, si je puis m’exprimer ainsi.

Durant les années qui ont suivis, tout le monde s’est fortement remis en question, a revu l’ensemble des taches liées à sa fonction, est parti à la recherche des coûts superflus, a augmenté les cadences afin de favoriser l’accroissement de l’activité, revu complètement les méthodes de travail, créations des fédérations, mutualisation des achats et des finances, meilleure prise en compte de la T2A, etc… Entre l’Administration centrale et les hôpitaux ont été conclus des contrats de retour à l’équilibre financier (CREP). Ces CREP ont été le fil rouge de la gestion des établissements hospitaliers militaires. J’ai vécu l’engagement de chacune des personnes employées au Val de Grâce sous la pression d’une hiérarchie et des tutelles impatientes et exigeantes. Le tout dans un contexte international très tendu,  Afghanistan, Mali, Centrafrique, des théâtres d’opérations extérieures qui mettent fortement à contribution la chaine santé, en hommes (et femmes) et en matériels. De plus, l’Hôpital du Val de Grâce excelle dans une discipline rare qu’il a fallu préserver, j’ai entendu dernièrement qu’on appelait cette activité « la médecine diplomatique ». Que ce soit au profit de personnalités aussi bien françaises qu’internationales, ce type de prestations est tu. Secret médical + devoir de réserve + le culte du secret propre à la grande muette font qu’il est difficile d’en faire la promotion.

Ces dernières années furent difficiles, mais productives : Les engagements sur les opérations extérieurs ont été tenus. Et l’Hôpital d’Instruction des Armées du Val de Grâce a rempli sa part de la meilleure façon qui soit. Celui-ci, et principalement les hommes et les femmes qui le compose ont réussi à transformer leur métier et faire que l’HIA du Val de Grâce soit l’un des meilleurs, y compris en ce qui concerne la bonne gestion.  

Et le 15 octobre 2014, aux alentours de midi et demi, la nouvelle est tombée. L’Hôpital d’Instruction des armées Du Val de grâce fera partie de la charrette des dissolutions, des disparitions.  Au vu de la somme des efforts consentis et des résultats obtenus, c’est le sentiment d’injustice qui prédomine au moment de l’annonce.

Les raisons qui ont conduit à prendre cette décision sont connues :

–          redéploiement des moyens du Service de santé des Armées, beaucoup trop concentré sur l’hospitalier au détriment de la médecine des forces qui commençait à en souffrir,

–          situé rive gauche de Paris, dans une zone où il y a un excédent de lits hospitaliers qui avoisine les 30 %, il n’est pas considéré comme indispensable par l’Autorité Régionale de Santé (ARS), ni même par l’APHP,

–          Un bâtiment obsolète qui nécessiterait des travaux lourds d’un montant avoisinant les 200 millions d’euros et une fermeture de l’établissement pendant plusieurs années.

Ces raisons peuvent paraitre légitimes, surtout au vu des sommes folles impliquées, mais il y a le symbole.

Au sein des forces armées, les symboles sont importants, tout aussi importants que les moyens. Et le Val de Grâce est un symbole fort, du service de santé bien évidemment, mais également de la république, plus précisément de l’image de la république à intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.

Quant au montant qui parait exorbitant, il faut rappeler que  c’est 20 % de moins que le prix que l’Etat était prêt à payer chaque année à Ecomouv pour la gestion des portiques écotaxe, 3 fois moins que ce que coutera aux contribuables l’entretien du député Thevenoud durant son mandat.

L’abandon du Val de Grâce est un gâchis. C’est une grande perte.

Je ne vous parle pas du plan social qui en découle. Il existe des tas de militaires engagés sous des contrats  de quelques années, des civils qui sont employés au titre de CDD de quelques mois, des employés d’entreprises prestataires.

 

 

 

 

 

 

 

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