Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la France paysanne a connu de profonds bouleversements en lien direct avec l’évolution de l’agriculture.

En effet, au sortir de la guerre, l’Etat prône l’autosuffisance.  Il est néanmoins conscient du très grand retard technique du monde agricole. Il va donc favoriser la modernisation et la mécanisation de ce secteur, notamment avec l’aide des USA par le plan Marshall ou par le traité de Rome en 1957 qui pose les fondements de la Politique Agricole Commune,. Il s’agit d’augmenter massivement la productivité. Le paysage change pour permettre l’application des nouvelles méthodes de travail et les petits lopins font place aux grandes exploitations : C’est le remembrement.

Finalement, les ambitions productivistes vont dépasser les objectifs d’autosuffisance : la surproduction va à l’exportation dans le cadre de la PAC et l’agriculture tient une forte place dans la balance commerciale du pays. Néanmoins, les crises sanitaires à répétition, les graves atteintes à l’environnement  mettent à mal les objectifs productivistes de la PAC aux yeux des consommateurs qui commencent à en percevoir les limites.

Paradoxalement, cette avancée technique ne profite guère au monde paysan. En effet, la mécanisation du métier entraîne la diminution de l’emploi agricole. Là où le travail nécessitait plusieurs personnes, où il était pluriactif (agricole, artisanal, travaux de village), il devient au contraire individuel et spécialisé. Une course constante à la productivité et à la rentabilité s’engage où un savoir-faire ancestral cède la place aux sciences et techniques. Les petites fermes ne résistent pas devant les grandes exploitations ou les serres et les cultures hydroponiques produisent quasiment en continu. La recherche du prix bas entraîne une diminution des revenus de telle manière que nombre de conjoints d’agriculteurs sont contraints de trouver une activité salariée complémentaire. La société tente de changer la dénomination même de « paysan » dont le terme véhicule une vision passéiste au profit d’ « éleveur » ou d’ « exploitant ». L’exode rural est massif, le visage des villages change et la disparition des paysans entraîne la fermeture des commerces et la disparition des artisans. Alors qu’en 1945, plus de la moitié de la population habitait à la campagne, maintenant c’est trois quart de la population qui vit en ville.

Dans ces conditions, la population agricole a du mal à se renouveler. Les départs à la retraite ne sont pas remplacés. La population vieillit et les jeunes agriculteurs ont du mal à trouver une compagne dans une campagne désertée.

Néanmoins, dans ce tableau peu glorieux pousse un espoir motivé par la recherche du consommateur d’une production de qualité plus que de quantité. De cette attente d’un produit plus authentique, moins soumis aux modifications scientifiques d’une production industrielle, naît le concept de consom’action, l’intensification de l’agriculture biologique et la création d’associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP, contrats locaux entre « producteurs » et  « mangeurs »).

Cet élan de nouvelles pratiques permet d’une part la mise en place d’échanges plus axés sur la valorisation de savoir-faire, voire une certaine forme de respect du travail effectué.

D’autre part, il semble,  que les bouleversements malheureux de la profession paysanne ainsi que la modification profonde de ces nouveaux comportements de consommateurs soient pris en compte dans les travaux en cours pour la réforme de la PAC.

Pour Sylvie Goulard, députée européenne du Grand Ouest et en charge des Affaires européennes au sein du shadow cabinet du MoDem: « La Commission part sur de bonnes bases. D’abord elle plaide pour le maintien d’un budget conséquent pour l’agriculture européenne après 2013. Ensuite elle invite les Etats membres à redistribuer de manière plus juste les subventions agricoles, en insistant sur le rôle positif que cette activité peut apporter à l’environnement. Enfin, le commissaire Ciolos s’est beaucoup inspiré de l’excellent rapport de mon collègue de groupe George Lyon, voté à une large majorité par le Parlement européen en juillet dernier, et cela facilitera les négociations avec le Parlement, désormais co-décisionnaire avec le Conseil des ministres de l’Agriculture en matière de législation agricole ».
Pour Marc Fesneau, secrétaire général du MoDem, en charge de l’Agriculture au sein du Shadow-cabinet: « La Commission ouvre de nouvelles perspectives pour l’agriculture européenne et française et permet de tirer partie des perspectives offertes par les nouveaux débouchés alimentaires et non alimentaires.

 
La refonte du système des primes agricoles est une évolution nécessaire pour tenir compte des disparités entre les systèmes et pour faire face aux défis environnementaux ; cette évolution doit se faire avec le souci de préserver intacts les secteurs de pointe et la compétitivité de l’agriculture.
Le maintien d’une agriculture viable passe en outre par notre capacité à s’assurer dans les accords commerciaux d’une plus grande réciprocité notamment en termes de normes, pour assurer une concurrence loyale avec nos concurrents.

 
Enfin, le maintien de mécanismes de régulation reste plus que nécessaire ainsi que la capacité à favoriser un meilleur équilibre entre amont et aval des filières. Les récentes crises agricoles viennent démontrer, si besoin en était, la nécessité de ces régulations

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